DISCOURS

(Dit is de vertaling van versie -1 van TOESPRAAK.
Er zijn kleine verschillen met de versie in
AUB) 

Je vous parlerai dans le cadre de la nuit
où l’on ne sait dormir.
Je ne nierai pas qu’à cet effet j’ai besoin de vous
et qu’à cet effet je vous regarderai,
au moins au début, dans les yeux.

Ma voix se posera sur vous
pareille à quelque dix couvertures.
Je traiterai alors en votre présence
des projets et des actes qui ne sont pas compatibles.
À la fin, je vous procurerai le texte d’un chant.

Les paroles d’une chanson,
où vous retrouverez – comme butin –
les retombées de vos yeux et tout
ce qu’on peut désirer de l’hypophyse.
Je ne nierai pas qu’il s’agit d’un discours, au contraire.

Je vous parlerai de l’étang des trucs
où vous retrouverez entre autres :
le truc de la répétition et la terreur du refrain.
Je vous rappellerai sans relâche
que tel est l’étang où je pêche.

Je traiterai brièvement des projets et des actes
qui ne sont pas compatibles.
Je vous captiverai à l’aide de paraphrases
de l’objet du discours.
Je n’exagèrerai pas les exemples,

mais si nécessaire, je vous donnerai l’exemple
et les images que je trouve percutants :
comme : une chemise en plastique usée,
comme : des animaux repliés sur eux-mêmes,
comme : une feuille de papier carbone.

Je ne commencerai bien évidemment qu’après quelques secondes,
de sorte que le moindre tremblement de la voix
soit étouffé à l’avance.
Alors seulement je commencerai,
à voix bien posée, tout à coup, brusquement,

par une ébauche du problème,
une ébauche qui touche immédiatement à la base,
met en lumière le fondement
et montre l’assise en un éclair : ici
où nous sommes réunis, il ne convient pas de dormir.

Je regarderai vos membres
lorsqu’ils deviendront raides et fébriles en même temps.
Je ne propagerai pas ce que je vois,
et moins encore ce que je lis dans vos yeux.
Je compterai jusqu’à dix.

Je ne vous cacherai pas
que je veux vous influencer
et qu’une balle est faite
de matériaux dont le corps
n’a pas besoin.

Que je veux vous voir vivre
à une autre époque que celle-ci.
Qu’adviendra-t-il du chant?
Je ne le chanterai pas moi-même.
Je vous accompagnerai dans votre état.

Je me souviendrai de vous en permanence.
Je vous parlerai de façon si monotone
que vous vous éclipsiez et pâlissiez,
n’étant plus longtemps identique à vous-même.
Je ne vous épargnerai pas.

Je vous dirai où en sont les choses,
à quel point c’est dur et qu’on peut en voir de plus dures encore.
Alors je ferai en sorte que vous soyez : la vedette !
Je ferai en sorte que vous soyez la vedette
qui manie le micro

comme inséparablement lié à la vedette,
la vedette qui ferme les yeux lourdement costumés
et se laisse aller à la chiquenaude.
Je défendrai qu’il est bon de se reposer
où l’on a de quoi poser la tête.

Éventuellement j’imaginerai pour vous :
un lit,
une anecdote,
un cul-de-sac.
Je ferai en sorte que vous soyez : le prototype.

Je ferai en sorte que vous soyez le prototype
d’une mendiante, aux chaussures déformées,
une mendiante qui bouge prototypiquement d’un bout à l’autre
et puis retour,
raide et fébrile en même temps.

Je situerai également le tout, nu,
dans la perspective de plus tard.
J’attirerai votre attention par des images
et vous ferai entendre ce qui est possible
par du papier carbone, une blessure et un comprimé effervescent.

J’aborderai donc le futur
et résumerai l’étang entier.
Il se peut toujours qu’il arrive quelque chose :
la toux sèche,
un verre qui tombe, un pet.

Un micro qui siffle, quelqu’un qui entre
ou sort
en manque d’air
comme dans une caravane trop chaude.
Je ferai en sorte que vous soyez également :

1. une chèvre en ascèse ;
2. une tombola ;
(si le micro siffle mieux vaut alors vous couvrir les oreilles des mains)
3. raide et fébrile en même temps.
Je ferai une brève interruption pour toutes sortes de suggestions.

Après je reprendrai le fil,
continuerai où j’en étais arrivé,
développerai chaque ébauche,
creuserai l’affaire jusqu’à l’os.
Je ne cesserai pas

de trouver fébrilement des formulations.
Le texte du chant, les paroles de la chanson :
je les glisserai dans une chemise en plastique.
C’est là qu’ils pourront demeurer
jusqu’à une époque future au choix.

Je décrirai la chèvre dans sa totalité qui, tel l’homme,
– et dans ce sens elle est à vrai dire irritante – , va dans sa cabane
à la recherche de ce qu’elle a perdu
et s’en étonne sans relâche
en disant : “c’est impossible tout de même”

puis continue à chercher dans d’autres coins encore.
Une perturbation, c’est toujours possible.
Je boirai régulièrement d’un verre.
Les images seront percutantes.
Et toutes les questions bienvenues.

Et j’énumèrerai toutes les possessions
et je garderai pour moi-même
la différence entre ce qui est de grande valeur et sans valeur aucune.

Je vous imaginerai alors : couché.

La totalité des strophes sera pour vous.
Et si vous n’êtes plus là, elle sera pour vos proches,
ou, s’il n’y en a pas, pour les proches de vos proches,
ou, s’il n’y en a pas, pour les proches de vos proches de vos proches,
et s’il n’y en a pas, ce sera typique de l’état où vous vous trouverez à ce moment-là.

Je vous confronterai avec des faits,
des objets durs, des comparaisons et des chiffres
sur des entrées et des territoires,
et avec la chèvre blasphématrice qui casse tout
dans sa caravane.

Je m’arrêterai
au moment où vous serez suspendu à mes lèvres,
que je serai suspendu à vos lèvres
après encore une paraphrase de l’objet et un aperçu
et un résumé des images fondamentales pêchées du lit.

Je ne m’attendrai pas
à ce que quelqu’un me remercie.
Lorsqu’en fin de compte je m’arrêterai,
lorsque je bougerai et que vous tomberez mendiant hors du champ,
lorsque je compterai jusqu’à dix,

lorsque vous vous réveillerez,
lorsque tout à l’heure la journée bondira,
lorsque les animaux parleront,
tout se sera effacé,
le plus ridicule d’abord.

 

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© 2004 Paul Bogaert/Elke de Rijcke
traduit du néerlandais par Elke de Rijcke
Action Poétique, N° 185, Septembre 2006 : Belges & Belges, p. 14-19.