Alexandra Fixmer - ‘Paul Bogaert’ (2009)

FIXMER, Alexandra - ‘Paul Bogaert’ - In: transkrit, numéro 1, mars 2009, p. 147-148.
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Paul Bogaert, poète flamand, né en 1968, n’a certes que trois recueils à son effectif et les traductions en français et en allemand de ses textes sont rares - toutes en anthologies ou revues, aucune en recueil malheureusement -, mais il se distingue déjà comme l’une des voix montantes de la jeune poésie en Belgique néerlandophone.

Adoptant le ton d’une fausse impersonnalité, Bogaert creuse sans cesse un fossé entre lui-même et son lecteur. Lecteur qui se trouve mis à distance par une froide méticulosité opérant tant au niveau de la langue du poète qu’au niveau de la structure de ses poèmes dont certains s’avoisinent au discours inquiétant d’un tortionnaire venant faire l’étalage de son savoir-faire sans faille. Bogaert apostrophe son lecteur, l’avertissant d’intentions déroutantes, l’emmenant dan des mondes régis par l’obsession.

Parce que c’est bien l’obsession qui transparaît dans les textes issus du recueil Circulaire Systemen : obsession du système fermé sur lui-même, générant une claustration maladive de l’âme et de l’être le plus profond. Ces poèmes fonctionnent comme des forces centrifuges qui, à la fois, éloignent et rapprochent d’une réalité autre, étrange toujours - nous laissant rejetés aux confins de notre propre étrangeté au monde, à nous-mêmes, à ce qu’est et peut être la poésie. Si Bogaert dénue ses textes de toute émotivité et fait à certains revêtir le faux habit d’une possible recette - listant ingrédients et façons de faire -, il tend sans relâche vers le dépouillement du mot et du sentiment jusqu’à les réduire à un essentiel presque glacial dans lequel s’entrechoquent vrais dépendances, cloisonnements volontaires et fausses sécurités. Sécurité qui ne semble pouvoir subsister que sur les fines pellicules d’une fiction photographique.

C’est encore sur ce ton pseudo-scientifique qui lui est propre que Bogaert rentre dans les tergiversations d’un rêve et le fait percuter avec un discours merveuilleusement mené. Il plane comme la menace de sombrer et de faire sombrer cet autre que seul le ridicule pourra sauver. Traduit par Elke de Rijcke, Discours aboutit en fin de compte à une longue mystification dont on gardera, encore, un goût d’étrangeté doux-amer.

Paul Bogaert est de ceux qui ouvrent des portes sur un monde inquiétant et qui témoignent d’une époque où rien n’est plus acquis, et où, finalement, tout menace de se perdre. Le seul garde-fou qui retient le débordement, ou évite le naufrage, est la maîtrise calculée d’une langue qui est bien moins sage qu’elle n’en a l’air cultivant un humour qui reste toujours à la frontière du grincement.

Bibliographie de Paul Bogaert
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